Le Banquet 2013

Au cœur de la nef du Grand Palais, le Banquet, composé de 9 tables, réunit 107 œuvres d'exception créées par 63 artisans d'art, designers, ou plasticiens, tous créateurs !

Laissez-vous séduire par ces artistes qui ont l'art de sublimer la matière.

La rupture des digues

par Antoine Leperlier

« Dans une période, où en économie comme en art, l'heure est à la délocalisation de la production, à la dématérialisation du savoir, de la communication et de la mémoire, un « banquet » réunissant à une même table ceux que l'on appelle habituellement « artistes plasticiens », « designers » ou « artisans d'art », mais qui tous se sont engagés dans un travail avec des matériaux, pourrait passer pour intempestif. Le matériau et le faire en art seraient-ils de retour ?

L'exploitation du geste de Duchamp dans les années 60 puis son académisation ultérieure ont établi une partition radicale entre le faire et la création conceptuelle en art. Cette discrimination théorique et esthétique par le mode de production des oeuvres, a réactivé la hiérarchie médiévale et traditionnelle entre « arts libéraux » et « arts mécaniques » en confinant globalement « celui qui fait » à l'artisanat, pour réserver à « celui qui ne fait pas » le domaine de l'art.

Tout un pan de l'art et de son histoire qui trouve dans la confrontation intime au matériau ses ressources réflexives et imaginatives, d'Henry Cros à Marinot, de Gauguin à Fontana, en passant par l'Art & Craft anglais et le Bauhaus imaginiste de Jorn, se voyait du même coup marginalisé.

Le dogme de l'Immaculée conception de l'art qui s'est imposé dans l'institution artistique depuis des décennies sous la forme d'un consensus, de l'école au musée d'art contemporain en passant par les centres d'art et l'inspection artistique, paraît cependant sur le point de se fissurer.

En effet, de plus en plus d'artistes plasticiens et de designers assument l'importance du «faire» en art et se soucient du traitement des matériaux.

En ouvrant un espace commun à toutes ces pratiques, en mettant sur la table un ensemble d'oeuvres liées au faire et aux matériaux sans considération d'un mode de production spécifique ou labellisé, ce « banquet » vise à abolir les hiérarchies entre les arts comme entre les genres, et à contester la légitimité de ces discriminations dogmatiques qui opposent vainement le « faire » et le « non faire », le concept et le matériau, ce qui serait de ce fait contemporain ou non.

Ici seront bannis tous les jugements a priori, tous les sectarismes concernant les modes de production, quels qu'ils soient : il est de la liberté de l'artiste de s'affronter au matériau, de déterminer ses moyens, voire de confier la réalisation de son oeuvre à des tiers. Chacun y défendra ses options.

Le contexte « métiers d'art » vient à propos rappeler qu'il s'agit tout autant de métier que d'art, et que cette dichotomie pourrait bien finir par s'effacer au profit d'une conception plus large, réintroduisant dialectiquement après le
« bien fait » rejeté par Duchamp et le ready-made, le faire et les matériaux dans l'art.

Cette exposition permettra de mesurer l'émancipation de certains secteurs des métiers d'art, d'un artisanat dans lequel on les a trop longtemps relégués et l'extension concomitante de tout un champ de l'art actuel que cette émancipation a favorisée. Elle fera la démonstration de ce que les discriminations académiques qui correspondent à des moments historiques ne tiennent plus lorsque rompent les digues qui cloisonnent les domaines de l'art, et les pratiques des artistes.

En outre, cette disposition en tables autorisera une seule lecture horizontale sans muséographie bavarde des oeuvres ; le regard aura la possibilité autant que faire se peut de s'affranchir des préjugés relatifs aux catégories préétablies et de juger sur pièce.

L'hégémonie du concept aura sans doute trouvé ses véritables limites, du moment où ce domaine en formation et présenté ici, partagé par le design, les arts plastiques et les métiers d'art, aura atteint sa masse critique et que ne pourra plus se poser la question de savoir si le faire et les matériaux sont solubles dans l'art.

En réalité, cette revendication du faire en art est tout aussi décisive que l'a été sa négation, souvent féconde, au cours du XXe siècle. Les temps changent, mais l'urgence reste étrangement la même : venir à bout de toute Académie dont les dogmes esthétiques, fussent-ils fondés sur une idéologie de la rupture, auront toujours néanmoins cent ans d'âge.»

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Remerciements aux 63 créateurs :

Agnès Debizet, Alain Mailland, Alev Ebüzziya Siesbye, Antoine Leperlier, Atelier Polyhedre, Barbara Nanning, Barthélémy Togo, Benoît Huot, Bina Baitel, Camille Virot, Chantal Saccomanno et Olivier Dayot, Christine Fabre, Christophe Côme, Christophe Desvallées, Christophe Nancey, Daniel de Montmollin, Diana Hobson, Etienne Leperlier, Ettore Sottsass, Eva Hild, Frédérique Petit, Gaetano Pesce, Gérald Vatrin, Gladys Liez, Grégoire Scalabre, Gustavo Perez, Gyorgi Gaspar, Harumi Nakashima, Ingrid Donat, Jean Girel, Jean-François Bourlard, Jean-François Fouilhoux, Johan Creten, Josepha Gasch-Muche, Julie Legrand, Kristin McKirdy, Laura de Santillana, Laurent Petit, Ludovic Avenel, Maarten Stuer, Maïté Tanguy, Marc Ricourt, Marisa et Alain Bégou, Martine Damas, Mathilde Bretillot et Thierry Breton, Mieke Groot, Paul Day, Philip Baldwin & Monica Guggisberg, Pierre Christel, Raymond Martinez, Richard Meitner, Robert Deblander, Roland Mellan, Sebastian Brajkovic, Simone Pheulpin, Sophie Lecomte, Steen Ipsen, Thierry Martenon, Vladimir Zbynovsky, Wayne Fischer, William Morris, Xavier Le Normand, Yoichi Ohira.

Remerciements aux 38 prêteurs :

Agnès Debizet, Alain Mailland, Antoine de Galbert, Antoine Leperlier, Atelier Polyhedre, Ateliers d'Art de France, Carpenters Workshop Gallery - Paris et Londres, Chantal Saccomanno et Olivier Dayot, Christophe Côme, Christophe Desvallées, Christophe Nancey, Etienne Leperlier, Frédérique Petit, Galerie Arcanes - Paris, Galerie Christel - Limoges, Galerie Clara Scremini - Paris, Galerie Collection - Paris, Galerie NeC, nilsson et chiglien - Paris et Hong-Kong, Galerie de l'Ancienne Poste - Toucy, Galerie Silbereis - Paris, Gladys Liez, Glass Art Fund, Jean-François Bourlard, Jean-François Fouilhoux, Julie Legrand, Ludovic Avenel, Maison Parisienne, Maïté Tanguy, Marc Ricourt, NextLevel Galerie - Paris, Pierre Patrolin, Paul Day, Philip Baldwin et Monica Guggisberg, Roland Mellan, Sèvres - Cité de la céramique, Sophie Lecomte, Thierry Breton.