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Rencontre avec Kuniko Maeda, créatrice de la pièce emblématique de Révélations

C’est sa pièce qui a été sélectionnée pour incarner le visuel de la pièce emblématique de cette 6ème édition de Révélations. Kuniko Maeda, créatrice japonaise basée à Londres, sculpte le papier à travers une approche durable. Entre technologie numérique et artisanat d’art japonais, rencontre avec la créatrice.


Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?

Depuis mon enfance, j'ai toujours voué une admiration pour l'artisanat japonais. Au départ, j'ai décidé d'étudier la sculpture traditionnelle japonaise du bois à Kyoto. J'avais très envie d'affiner mes compétences, mais en même temps, j'ai commencé à chercher une autre façon d'exprimer mon travail et à développer de nouvelles idées créatives. Après avoir terminé mes études, j'ai décidé de m'installer à Londres en 2011 pour explorer la diversité culturelle et pour me forger une nouvelle voie créative. Formée au Chelsea College of Arts, j'ai obtenu une licence et une maîtrise en design textile.

 

Pouvez-vous nous en dire plus sur l’œuvre sélectionnée pour Révélations ?

Columbidae a été créée avant la pandémie, et je n'ai pas eu l'occasion d'exposer l'œuvre. Je suis donc très heureuse qu'elle ait enfin la chance d'être dévoilée au public et qu’elle incarne un événement si emblématique, à Paris, capitale de la création !

Ce travail est inspiré par les pigeons, qui nous renvoient à notre vie paisible et ordinaire. La beauté des pigeons est souvent négligée. Mais lorsqu’on les observe de plus près, on s’aperçoit qu'ils ont des couleurs magnifiques, tout comme leur mouvement et la texture lisse de leurs plumes qui ont la légèreté, la fluidité, la souplesse et la délicatesse du papier. J’essaie d’exprimer leurs formes délicates et la profondeur de leurs couleurs à partir d’une feuille de papier recyclé en y incorporant de la peinture acrylique et du kakishibu (ndlr : laque de tanin de kakis non mûrs, utilisée pour la teinture du textile, du papier et du bois au Japon). Puis, la découpe laser intervient selon les dessins et photos que j’ai réalisés, et j’y ajoute des points de coutures invisibles. Enfin, pour leur laisser prendre leur envol, j’intègre mes œuvres dans un cadre en verre à double face pour mieux attirer la lumière. Lorsque la lumière traverse l'objet, la sculpture produit des effets incroyables, comme en état d'apesanteur, transparente, et flottant dans le cadre.

 

Comment vous démarquez-vous par votre technique ?

C’est en étudiant les moyens d’employer un papier durable, en analysant les techniques artisanales traditionnelles japonaises, que j’ai découvert le kakishibu. C’est est une peinture ou une laque fabriquée à partir du kaki, un fruit japonais. Il forme un enduit naturel étanche qui, appliqué au papier, repousse les insectes et présente un fini brun brillant et durable. Je me suis plus particulièrement concentrée sur les katagami, des pochoirs en papier traditionnels destinés à l’impression sur textile japonais. Ceux-ci sont fabriqués à partir de papier japonais (Mino washi) et le kakishibu est découpé à la main pour former les motifs d'impression. J’ai ensuite trouvé l'inspiration dans la qualité des matériaux et dans leur potentiel de développement, puis j’ai mené des expérimentations en appliquant le kakishibu sur des déchets en papier pour produire un papier kakishibu original. J’ai poursuivi la démarche en employant une méthode technologique, la découpe au laser, afin d’ajouter un nouvel élément au papier, et j’ai créé une structure 3D en y appliquant des entailles afin de minimiser les déchets de production.

 

Comment décririez-vous votre démarche artistique ?

Ma pratique est enracinée dans des procédés matériels, avec une forte influence de l’esthétique du design inspirée de ma spécialité : la durabilité. Je suis attachée à l’idée des cycles de vie qui existe dans la culture japonaise ; et je suis également influencée par l’idée occidentale d’exploration de la matérialité et du consumérisme. J’ai constaté que la pédagogie artistique japonaise a tendance à se concentrer sur l’acquisition de compétences, tandis qu’au Royaume-Uni, l’accent est plutôt porté sur la recherche et le développement d’idées. J'ai réussi à intégrer ces deux aspects, ce qui me permet d'expérimenter des techniques et savoir-faire artisanaux traditionnels japonais combinés à une nouvelle technologie, celle de la découpe au laser.

 

Pouvez-vous nous parler de l'importance de la technologie et des aspects numériques dans votre travail ?

J'ai une forte fascination pour les motifs répétitifs, les ordres contrôlés numériquement et la précision, comme la séquence de Fibonacci. L'incorporation de motifs et de séquences techniques complexes fait partie intégrante de mon processus créatif et me permet de recréer des formes organiques.

Je pense également que la fusion des nouvelles technologies et de l'artisanat traditionnel a offert aux créateurs comme moi un plus grand choix d'outils, de matériaux et de procédés que nous pouvons utiliser pour réaliser des idées et des concepts non conventionnels. Si les artisans d’art doivent s'adapter à de nouvelles méthodes de travail, la nouvelle technologie ne signifie pas que les compétences traditionnelles sont remplacées.

 

Comment trouvez-vous l'inspiration pour chaque création ?

J'analyse les matériaux du quotidien, souvent négligés et sous-estimés dans nos vies. Je m’intéresse particulièrement au travail du papier parce qu’il est accessible à tous, peu coûteux et polyvalent. On a pourtant tendance à le considérer comme un matériau sans valeur, dont la durée de vie est raccourcie par sa composition écologique et par son bas coût. Si tous mes travaux sont réalisés à partir de mes dessins, les résultats finaux se décident toujours à la suite d’expérimentations.  Je sélectionne des formes et des éléments naturels dans mes dessins et je réalise des brouillons comme autant d’échantillons. J’ai essayé de transposer les petits détails, la texture et la forme de mes croquis dans des formes en 3D.

 

La durabilité semble être un aspect central de votre démarche artistique, pouvez-vous nous en dire plus ?

La durabilité a acquis une dimension centrale dans mon travail, grâce à mon souci de trouver des idées durables et à mes racines, à la culture, à l’artisanat et à l’esprit japonais.  Pendant ma maîtrise, j’ai étudié la broderie sashiko sur l'île d'Awaji, près de ma ville natale. La broderie sashiko est une technique de raccommodage traditionnelle qui permet d’appliquer un petit morceau de tissu lorsque les vêtements sont trop usés. Le climat extrêmement froid de la région septentrionale de Tōhoku a donné lieu au développement de la technique sashiko, que les fermiers employaient pour coudre du tissu de chanvre avec du fil de coton afin de rendre les vêtements plus chauds et plus durables. J’ai pris conscience que certaines techniques traditionnelles japonaises étaient nées par pure nécessité, et qu’elles étaient également étroitement liées à la philosophie de notre culture et à notre amour de la nature.

 

Kuniko Maeda a déjà participé à la Milan Design Week en 2017, finaliste des Lexus Design Awards. La même année, elle a participé au salon professionnel 'Tendence' qui s'est tenu à Messe Frankfurt en Allemagne. Par la suite, elle a collaboré à 'Material Xperience' à Rotterdam en 2018 pour présenter la ses sculptures en papier en tant que matériau, puis « Collect » à Londres de 2018 à 2021 et la Contemporary Applied Arts Gallery de Londres en 2021, pendant la London Craft week.

 


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