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Rencontre avec Louis Biron

Louis Biron, artisan-designer, formé à la ciselure à l’Ecole Boulle et lauréat PJCMA 2020, prix de la jeune création métiers d’art porté par Ateliers d’Art de France, détourne les objets quotidiens de notre société en œuvres engagées. Dans son approche de la bio-intégration, l’artiste interroge notre rapport au vivant à travers un processus créatif qui laisse la nature participer en marquant son empreinte, comme les mollusques qui dessinent des pièces avec lui. Rencontre avec Louis Biron


Quelles sont les pièces exclusives que vous allez présenter à Révélations cette année ?

À l’heure actuelle je souhaiterais présenter à Révélations plusieurs pièces appartenant à mon projet FOSSILE. Ce projet interroge notre époque sur la pertinence de son industrie en imaginant l’héritage que nous allons laisser aux futures générations. Il propose au public de découvrir les fossiles de différents objets témoins de notre époque. Mais ces empreintes ne sont pas tout à fait comme on l’imagine. En effet, les processus de création que je mets en place permettent à la Nature de réaliser ces pièces avec moi. Ainsi les fossiles présentés semblent altérés par le vivant, comme s’il venait nous signifier de cette manière l'absurdité de certains de nos modes de vie. Il y aura une exclusivité, les pièces 3L et 10 L présentées pour la première fois sur le salon Révélations.

 

Quelle est la philosophie de votre approche de la bio-intégration ?

Guillaume Logé, dans son livre Renaissance Sauvage, décrit le principe de bio-intégration en ces termes : « ...l’intégration du vivant comme collaborateur, co-créateur du projet, participant à sa naissance, à ses interactions et à son évolution, dans le temps. ». Mon approche de la bio-intégration se base sur l’observation, la compréhension et le respect du monde du vivant. J’aime entretenir un rapport très simple à la Nature. Je considère son existence comme étant suffisante pour être une source de création, ainsi je tente de matérialiser son expression et de révéler sa dimension artistique grâce à une démarche non-invasive, portée par des techniques artisanales.

De manière plus générale, mon travail consiste à mettre en place des processus de création qui permettent à la Nature de participer à la réalisation de l’œuvre et à ne plus être le simple sujet de sa représentation. Ces processus me place dans une situation de codépendance, mes intérêts ne peuvent primer sur ceux du vivant sans que l’auto-génération de l’œuvre n’en soit affectée.

Bien entendu, ma démarche de co-création est avant tout une introspection centrée sur son rôle de créateur, ma volonté de toute-puissance et ma capacité à m’en déposséder. L’intervention de la Nature n’est pas conditionnée par notre héritage culturel, elle m’invite à déconstruire mon geste et à entrevoir dans l’abandon un acte libérateur.

 

Comment expliquez-vous que votre approche s’inscrit plus que jamais dans l’ère du temps notamment sur les enjeux écologiques actuels ?

Certaines de mes pièces entretiennent un rapport très frontal avec les enjeux écologiques. Je pense à la série 1L/ 33 cL/ 1,5 L qui dénonce notre rapport à la ressource naturelle, aux problèmes de pollution marine et à la financiarisation de l’eau…

Mais dans le contexte actuel de crise environnementale mondiale, je crois qu’il est nécessaire de repenser de manière plus globale notre manière d’interagir avec la Nature. Si l’art doit être une réponse au défi de l’écologie, il est intéressant qu’il puisse aller au-delà d’une représentation traditionnelle et esthétique de la Nature. À cet effet, les systèmes de co-production sont très intéressants, puisqu’il présente la Nature comme une actrice à part entière, œuvrant aux côtés de l’Homme à l’édification d’un nouveau monde, celui de la coévolution.

 

Depuis l’obtention de votre prix en 2020, qu’est ce qui a changé pour vous ?

Je dirais que l’obtention du prix à rendu plus légitime ma pratique, et mes démarches en ont été facilitées. De manière générale, j’attends beaucoup du salon Révélation, cela sera l’occasion de rencontrer les galeristes et les professionnels du monde de l’art.

 


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