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Rencontre avec Elsa Vanier

Elsa Vanier, membre du comité d’orientation artistique et directrice d’une des principales galeries de bijoux contemporains en France du nom éponyme, promeut la dimension culturelle de celui-ci.

En exclusivité, elle nous parle transformation de la matière et innovation dans le bijou. Rencontre.


Quels sont les créateurs qui ont innové dans le bijou selon vous ?

Je vois trois sortes d’innovations : les innovations techniques, dans le choix matières et dans la façon de faire porter le bijou. Je m’intéresse surtout aux deux dernières. Porter le bijou autrement, comme des bagues pour deux doigts, ou qui débordent sur le dessus de la main… Le bijou contemporain peut en effet explorer tout le corps…

Du côté de l’innovation par la matière, Jean Vendome a été un précurseur, en mettant en avant la poésie des pierres plutôt que leur préciosité. Patrice Fabre, qui exposera lors de Révélations, s’est fait connaître par ses bijoux en or et béton à la fin des années 80. Thierry Vendome (fils de Jean) incorpore de l’acier rouillé récupéré sur les plages du Cotentin à des bijoux en or et diamants. Enfin, Marianne Anselin recueille elle aussi dans la nature du fer rouillé (comme des boites de conserves), qu’elle travaille longuement. Pour les créateurs de bijou contemporain, la matière doit servir le sens, la beauté ou la relation avec le porteur et le bijou tire sa préciosité de l’intention, du travail à l’atelier et de l’émotion provoquée par l’objet.

Parmi les nouvelles matières, il faut noter le titane, une matière pérenne, très difficile à travailler qui requiert des techniques particulières, en particulier pour le sertissage. C’est un matériau magnifique et léger qui permet de grands volumes et offre des couleurs intéressantes par oxydation ou anodisation. Florence Croisier, Agathe Saint Girons et Martin Spreng sont passés maîtres dans son utilisation.

 

Quels sont les créateurs qui se sont démarqués lors de cette nouvelle édition de Révélations ?

Karl Mazlo se démarque par son approche personnelle du bijou. Ses pièces sont originales et d’une grande poésie. Malgré sa forme ronde et douce la bague « Ondes grises »  offre bel et bien un lien de parenté avec un sabre japonais. Elle a été conçue avec de l’acier damassé, habituellement réservé à la coutellerie. Karl Mazlo a aiguisé son univers singulier lors d’une résidence de dix mois au Japon. On reconnaît ses bijoux à leur force minérale, aux nombreux détails qui en font des sculptures en miniature.

 

Quelles matières sont plus intéressantes à travailler dans le bijou ?

Même si l’or reste roi par sa beauté et le plaisir offert par sa malléabilité. Le titane, léger et solide, fournit d’infinies possibilités de volume et de couleurs. L’aluminium également, bien qu’il soit encore plus difficile à souder. Pour un bijou, la légèreté est un élément important de portabilité, par exemple pour un bijou d’oreilles. Autre matières intéressantes, des matériaux de récupération comme le plastique (ramassé sur les plages par exemple), l’acier, ou d’autres matières travaillées de telle sorte qu’elles sont à peine reconnaissables et désormais désirables.

 

Quelle est votre perception du bijou d’artiste ?

La définition d’un bijou d’artiste est un bijou signé par un artiste, connu pour ses peintures, ses sculptures ou ses installations. Par exemple un bijou de Calder, de Man Ray ou de Picasso, ou d’artistes vivants. La Galerie Minimasterpiece, à Paris est une galerie de bijoux d’artistes. Elle approche des artistes et leur propose de réaliser des bijoux, qu’ils créent mais ne réalisent pas forcément de leurs mains.

 

Comment sélectionnez-vous les créateurs qui exposent dans votre galerie ?

Je choisis des créateurs qui ont une expression originale et qui me touche. A terme, ils restent à la galerie s’ils se renouvellent, comme un artiste ! Et je ne vends que leurs bijoux portables, même s’ils sont parfois volumineux.


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