
Comment décririez-vous votre démarche artistique ?
Mon approche est intuitive et fondée sur le processus : je ne pars pas d'une image préconçue, je « réfléchis en créant ». Textile et céramique — deux matières sensuelles, ancrées dans une longue tradition humaine — sont au cœur de ma démarche. La répétition et l'accumulation la structurent : je façonne des centaines de petits éléments céramiques uniques, assemblés en structures plus larges. Ce processus lent et méditatif génère de légères irrégularités qui confèrent à l'ensemble une qualité organique, presque vivante. Mon travail est animé par le désir d'exprimer ce que les mots ne peuvent traduire. Je cherche un langage visuel qui s'adresse aux sens — ce que j'appelle la « tactilité visuelle » : je souhaite que le spectateur ressente une réaction physique et interagisse avec l'œuvre au niveau corporel, avant toute compréhension intellectuelle.

« C'est le processus de recherche qui me fascine, la recherche de quelque chose que je ne connais pas encore pleinement et que je développe au fil du dialogue avec les matériaux. Je travaille pour atteindre un moment de surprise, où les matériaux et les surfaces prennent vie de manière autonome, hors de mon contrôle. »
Comment trouvez-vous l'inspiration pour chaque création ?
Je m'inspire des processus naturels — croissance, décomposition, gravité — et de l'imagerie scientifique. Ernst Haeckel me fascine : ses dessins détaillés d'organismes microscopiques révèlent des structures à la fois étrangères et familières, presque architecturales, qui refont surface inconsciemment dans ma pratique. Mais une grande part de mon inspiration vient directement du travail avec les matériaux eux-mêmes : le processus lui-même devient une façon de penser et de découvrir. Mes observations quotidiennes et mes rencontres avec d'autres artistes nourrissent également mon travail.
« Je cherche à créer une sensation de « tactilité visuelle », où les spectateurs peuvent presque ressentir la texture et la matérialité des œuvres à travers leur regard. En s’appuyant sur leur connaissance des matériaux, ils peuvent imaginer la sensation que procureraient ces œuvres s’ils pouvaient les toucher. »